Optima Aero : recycler l’avenir de l’aéronautique québécoise

De la passion pour la réutilisation à un leader international de la durabilité aérienne

L’entrepreneuriat québécois se révèle parfois dans des secteurs techniques exigeants où l’innovation rencontre la responsabilité environnementale. Optima Aero incarne cette alliance réussie : une entreprise qui transforme des hélicoptères en fin de vie en ressources précieuses pour l’industrie mondiale.

Fondée par Toby Gauld, qui, dans sa grande générosité, a accepté de nous rencontrer pour nous faire part de ses expériences, Optima Aero a su bâtir un modèle circulaire unique dans le domaine de la maintenance aéronautique, tout en restant solidement ancrée au Québec.

Un parcours né d’une vision personnelle et d’un écosystème local

Toby Gauld n’est pas arrivé dans l’aéronautique par hasard. Après un passage chez General Motors et une maîtrise en génie industriel, il rejoint Pratt & Whitney Canada. C’est là, au cœur de l’industrie aéronautique québécoise déjà bien établie, qu’il développe une sensibilité particulière pour la réutilisation des pièces. Issu d’une grande famille où l’on apprenait à maximiser chaque ressource, il voit rapidement le potentiel inexploité dans la gestion des composantes d’hélicoptères.

En 2010, il décide de franchir le pas et fonde Optima Aero, d’abord depuis son sous-sol. Les débuts sont modestes et exigeants : tout est investi dans l’idée que la réutilisation et la réparation peuvent révolutionner la chaîne d’approvisionnement. Avec le soutien du Centre d’aide aux entreprises de Beloeil et un premier client majeur comme HeliOne, l’entreprise décolle progressivement. Toby y consacre entièrement son énergie, traversant les périodes difficiles avec une conviction profonde dans la valeur ajoutée de son modèle.

Un modèle circulaire au service de la durabilité

Optima Aero rachète des hélicoptères en fin de vie pour les démonter dans ses installations à Beloeil, au Texas et dans le sud de la France. Les pièces sont ensuite inspectées, réparées ou recyclées, puis revendues aux opérateurs et aux grands équipementiers (OEM) pour la maintenance de leurs flottes.

Ce processus permet non seulement de réduire significativement les coûts de maintenance, mais aussi l’empreinte environnementale : jusqu’à 94 % d’un hélicoptère peut être réutilisé, réparé ou recyclé. Une pièce remise en service équivaut à une économie massive d’émissions de carbone — l’équivalent de 600 fois son poids selon les estimations de l’entreprise.

L’innovation reste au cœur de l’ADN d’Optima Aero, que ce soit dans les techniques de réparation ou dans le développement de nouvelles solutions, comme le produit Limz créé en collaboration avec un inventeur québécois.

Une expansion internationale pensée depuis le Québec

Bien que le Québec offre un terreau fertile grâce à des joueurs comme Pratt & Whitney Canada, Optima Aero a rapidement compris la nécessité de se tourner vers le monde. L’Europe, avec environ 25 % des hélicoptères en circulation, a été une cible prioritaire en raison de son intérêt marqué pour les approches durables. L’expansion vers le Texas a suivi comme une opportunité naturelle, compte tenu du poids important du marché américain (environ 40 % de la flotte mondiale).

Aujourd’hui, l’entreprise réalise environ 50 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis, 40 % en Europe et 10 % au Canada, tout en maintenant ses racines et une partie importante de ses opérations à Beloeil.

Redonner au Québec et miser sur la relève

Optima Aero s’implique activement dans le développement des talents locaux. L’entreprise collabore avec des universités québécoises et des startups pour stimuler l’innovation, et Toby Gauld consacre une part importante de son temps à des fondations étudiantes et à l’accompagnement de futurs entrepreneurs.

Il est très rare que je ne dise pas oui, surtout aux jeunes.
Toby Gauld, président et fondateur de Optima Aero

Cette implication reflète une conviction personnelle : être à l’écoute et valoriser les jeunes générations qui seront aux commandes dans les prochaines décennies est essentiel pour relever les défis environnementaux et industriels à venir.

Un exemple inspirant pour l’entrepreneuriat québécois

Optima Aero démontre qu’il est possible de bâtir une entreprise à vocation internationale tout en contribuant concrètement au développement économique et durable du Québec. De ses débuts modestes à ses installations à l’étranger, en passant par son engagement auprès de la relève, l’entreprise illustre la force d’une vision ancrée dans la réutilisation, l’innovation et le partage des connaissances.

Merci à Toby Gauld et à toute l’équipe d’Optima Aero pour leur accueil et pour avoir partagé leur parcours avec authenticité.

Dans un secteur souvent perçu comme traditionnel, Optima Aero prouve que l’audace entrepreneuriale québécoise peut transformer des défis techniques et environnementaux en opportunités durables, renforçant ainsi le positionnement du Québec comme terre d’innovation responsable.

Références

Entrevue avec Toby Gauld, PDG d’Optima Aero (2026).

Site officiel Optima Aero.

Informations publiques sur l’entreprise et son modèle d’affaires.

Image tirée du site officiel de Optima Aero

Texte édité avec l’aide de l’IAg


Par Félix Turcotte