Couche-Tard : comment une entreprise québécoise est devenue un géant mondial

Alimentation Couche-Tard at night in Montreal — Patrick Le Barbenchon (CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)
Couche-Tard : un dépanneur devenu géant mondial

En 1980, un entrepreneur de la région de Montréal ouvre un simple dépanneur à Laval. Quarante-cinq ans plus tard, l’entreprise qu’il a fondée exploite près de 17 000 magasins sur quatre continents et génère plus de 70 milliards de dollars de revenus. L’histoire d’Alimentation Couche-Tard est l’une des plus spectaculaires réussites entrepreneuriales du Québec — et elle commence avec une idée toute simple, exécutée avec une ambition hors du commun.

Tout commence à Laval

C’est Alain Bouchard qui allume la mèche. En 1980, il ouvre son premier dépanneur à Laval. Cinq ans plus tard, en 1985, il met la main sur onze magasins de la bannière « Couche-Tard » dans la région de Québec et les fusionne avec ses commerces de la région de Montréal. L’ensemble prend alors le nom d’Alimentation Couche-Tard — un clin d’œil à ceux qui veillent tard, en phase avec les heures d’ouverture prolongées des dépanneurs.

Dès le départ, Bouchard a une conviction : la croissance passera par les acquisitions. Plutôt que d’ouvrir des magasins un à un, Couche-Tard va racheter des réseaux entiers, les optimiser et les intégrer à sa machine.

La machine à acquisitions

Le coup de maître survient en 2003. Couche-Tard rachète la chaîne Circle K à ConocoPhillips pour 830 millions de dollars américains. La transaction comprend 1 663 magasins répartis dans 16 États américains, en plus de la marque elle-même. D’un acteur régional québécois, Couche-Tard devient du jour au lendemain un joueur majeur du commerce de proximité aux États-Unis.

Le saut en Europe

En 2012, l’entreprise franchit l’Atlantique en acquérant le norvégien Statoil Fuel & Retail, ce qui lui ouvre les portes de la Scandinavie, des pays baltes et de l’Europe de l’Est. Les acquisitions s’enchaînent ensuite : The Pantry en 2015, puis CST Brands et Holiday Stationstores en 2017. Chaque transaction agrandit le territoire.

Circle K, une marque planétaire

À partir du milieu des années 2010, Couche-Tard prend une décision stratégique : rassembler ses nombreuses bannières — Mac’s, Statoil, Kangaroo Express et d’autres — sous une seule et même marque mondiale, Circle K. Désormais, qu’on s’arrête à Oslo, à Phoenix ou à Varsovie, c’est la même enseigne qui accueille les clients.

Les chiffres d’un géant

Aujourd’hui, Alimentation Couche-Tard exploite près de 17 000 magasins dans une trentaine de pays et territoires. Pour l’exercice clos le 27 avril 2025, l’entreprise a généré des revenus de 72,9 milliards de dollars américains. Et son siège social ? Toujours à Laval, au Québec.

L’audace jusqu’au bout : l’offre sur 7-Eleven

En 2024, Couche-Tard tente le plus gros pari de son histoire : une offre d’environ 40 milliards de dollars — bonifiée par la suite à près de 47 milliards — pour acquérir Seven & i Holdings, le propriétaire japonais de 7-Eleven. L’objectif était vertigineux : créer le plus grand réseau de dépanneurs de la planète.

En juillet 2025, l’entreprise retire finalement son offre, invoquant le manque d’engagement de bonne foi du conseil d’administration de Seven & i. Même en échouant, Couche-Tard aura prouvé une chose : une entreprise née dans un dépanneur de Laval peut aujourd’hui viser le sommet mondial de son industrie.

La relève

Alain Bouchard, le fondateur, demeure président exécutif du conseil d’administration. Brian Hannasch a dirigé l’entreprise à titre de chef de la direction de 2014 à 2024. Depuis le 6 septembre 2024, c’est Alex Miller qui tient le volant — seulement le troisième PDG en 45 ans d’histoire.

La leçon pour les entrepreneurs d’ici

L’histoire de Couche-Tard tient en quelques mots : commencer petit, penser grand, et exécuter sans relâche. Un dépanneur de quartier est devenu un empire mondial parce qu’un entrepreneur québécois a osé croire que c’était possible — puis a bâti, acquisition après acquisition, la discipline pour y arriver. Le Québec peut produire des champions mondiaux. Couche-Tard en est la preuve éclatante.


Par Xavier Bernard

Ce que l’histoire de Couche-Tard nous apprend

Le parcours de Couche-Tard prouve qu’une entreprise québécoise peut viser le sommet mondial. Pour aller plus loin, découvrez aussi comment le Groupe MACH a bâti un empire immobilier, ou consultez la fiche d’Alimentation Couche-Tard sur Wikipédia. De Laval au reste du monde, Couche-Tard demeure un modèle d’ambition et de discipline pour la relève entrepreneuriale d’ici.